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Franz Alexander
Principes de psychanalyse (1938)
Traduit de l’anglais par H. Stern et D. Anzieu
Payot n° 123, 1968
Chapitre 7, Pages 145 à 173
Freud considéra toujours sa théorie du rêve comme la partie la plus solidement établie de la psychanalyse. Cela a été confirmé par le peu de changement que sa théorie a subi aussi bien de sa part que de celle de ses successeurs. Elle apparaît valable dans tous ses détails et dans ses fondements et de longues observations ont montré sa valeur.
Bien que l'imagination populaire et l'intérêt des littérateurs aient toujours été attirés par les rêves, ceux-ci ont été négligés par la science. Il existait trois théories essentielles du rêve.
1° Le point de vue pré-scientifique, répandu dans l'antiquité, attribuait aux rêves une signification surnaturelle. Les sages prédisaient l'avenir à l'aide des rêves.
Les deux autres types de théorie du rêve sont scientifiques parce qu'ils essaient d'expliquer le rêve à partir d'autres phénomènes connus.
2° Les théories physiologiques du rêve soutiennent que les rêves n'ont pas de signification psychologique, mais qu'ils sont le résultat d'une activité rudimentaire du cortex cérébral, qui reflète de façon incohérente les impressions de la journée précédente.
3° Les théories psychologiques considèrent les rêves comme des produits de l'imagination et tentent de leur donner une explication psychologique.
La théorie psychanalytique du rêve appartient à ce dernier groupe. Dans son livre L'Interprétation des Rêves il accorda une grande importance aux publications antérieures, mais tira ses propres conclusions de l'observation des malades avant de consulter les points de vue des autres. En fait, il ne tira aucun enseignement de ceux-ci, bien qu'il apprît plus tard qu'Ives Delage, Scherner et quelques autres avaient vaguement anticipé sur quelques-unes de ses conceptions. Personne avant lui n'avait proposé une théorie cohérente susceptible d'expliquer les rêves.
L'intérêt de Freud pour les rêves s'éveilla à la suite des récits de ses malades et il en reconnut rapidement la valeur pour l'étude des tendances refoulées. Il avait commencé son travail clinique par l'hypnose et il reconnut la similitude entre les états somnambuliques et le rêve.
Il est impossible de donner un résumé satisfaisant de son livre sur les rêves dans un court exposé ; il est nécessaire d'étudier l'original. Ce court chapitre a été écrit pour préparer l'étudiant à cette tâche. Nous ne suivrons pas ici le plan de Freud, mais nous présenterons les points essentiels de sa théorie. Nous étudierons l'utilisation des rêves dans le dernier chapitre consacré à la thérapie.
Le fait fondamental est que le rêve a pour fonction d'aider plus que de troubler le sommeil, et d'éviter que le rêveur ne soit éveillé par des stimuli internes. Le rêve a une fonction physiologique de repos. Nous fermons les yeux pour nous protéger des stimuli visuels ; nous ne pouvons fermer nos oreilles, c'est pourquoi nous cherchons le calme, nous cessons de nous intéresser au monde extérieur et nos activités mentales sont réduites à un minimum. Cependant, nous ne pouvons nous protéger des stimuli internes tels que ceux provenant d'une vessie pleine, d'un estomac vide, de la soif, de la pression des désirs insatisfaits, de frustrations, de sentiments de culpabilité, et de chagrins. Tous ceux-ci continuent d'affecter notre esprit malgré notre besoin de repos, mais le rêve tente de les réduire pour que le sommeil puisse se poursuivre. Le rêve ne réussit cependant pas toujours à préserver le sommeil.
Le rêve, satisfaction des besoins physiologiques.
Le meilleur exemple de protection du sommeil par le rêve nous est fourni par les rêves les plus simples, qui satisfont des besoins élémentaires tels que la faim ou la soif. Le sujet qui a faim ou soif rêve qu'il mange ou qu'il boit et ces hallucinations lui procurent une satisfaction transitoire. Il continue à dormir au lieu de s'éveiller pour satisfaire ces besoins physiologiques. Un écolier surmené règle son réveil pour 7 heures du matin pour arriver en classe à 8 heures. Il s'éveille, arrête la sonnerie, décide de rester dix minutes de plus, se rendort et rêve qu'il travaille activement en classe. Ici, une tâche désagréable est représentée comme accomplie et permet ainsi au rêveur d'être dupe de lui-même et de continuer à dormir.
Rêves de simple réalisation de désirs.
Le même principe dynamique intervient dans les rêves des petits enfants. Ce sont de simples réalisations de désirs, où l'enfant satisfait par imagination ce qui lui a été refusé la veille. Une fillette âgée de 5 ans demande à ses parents comme cadeau d'anniversaire une petite automobile à pédales, avec laquelle elle a vu jouer une autre fillette. Elle est déçue de recevoir le jour de son anniversaire un simple tricycle au lieu de l'automobile. Le lendemain matin, elle vient dans la chambre de ses parents en disant triomphalement : « J'ai rêvé que j'avais une grosse auto et je la conduisais toute seule tout autour de la ville. » Tous les rêves de simple réalisation de désirs ont la même structure. Des expressions telles que « je n'aurais jamais rêvé qu'une chose pareille puisse arriver » trahissent la connaissance intuitive de cette fonction du rêve. Elle s'exprime directement dans le proverbe hongrois : « L'oie qui a faim rêve de grains et le cochon qui a faim, de glands. » Si tous les rêves étaient des réalisations de désirs aucune théorie explicative particulière ne serait nécessaire, et de nombreux esprits scientifiques, qui s'enorgueillissent de leur rigueur, n'auraient pas tant insisté sur l'absence de signification des rêves et sur leur manque d'intérêt pour les études physiologiques.
Rêves d'adultes.
Les rêves de la majorité des adultes ne révèlent pas leur signification aussi facilement que les exemples cités plus haut.
Les rêves de simple réalisation de désirs ne sont fréquents que chez les enfants. Les adultes expriment rarement leurs désirs de façon directe, seulement dans des circonstances inhabituelles, le plus souvent au milieu d'une grande détresse. Perdu dans le désert ou enfermé en prison un malheureux pourra rêver qu'il boit de l'eau ou qu'il s'échappe de sa cellule. Cependant, la plupart des rêves d'adulte paraissent dépourvus de sens, incohérents et fragmentaires, et non seulement ils n'apportent pas une satisfaction directe, mais ils causent parfois de l'angoisse. Le principe de la réalisation des désirs, qui est évident dans les rêves de satisfaction des enfants, ne peut pas s'appliquer de manière simple à la majorité des rêves d'adultes. Une fois que Freud eut admis le principe de la protection du sommeil par le rêve, il lui restait à choisir entre deux conclusions : 1° ou bien quelques rêves sont des réalisations de désirs, procurent des satisfactions et protègent le sommeil, alors que d'autres sont des traces sans signification laissées par les impressions de la veille dans le cerveau, ou bien, 2° tous les rêves ont une signification et ceux qui sont en apparence dépourvus de sens et incohérents peuvent également trouver une explication psychologique. Ce fut le plus grand mérite scientifique de Freud de suivre cette seconde hypothèse ; il aboutit ainsi à sa théorie de l'interprétation des rêves.
La raison pour laquelle les rêves des adultes ne sont pas l'expression scientifique directe de désirs non satisfaits, est que la plupart des désirs des adultes, contrairement à ceux des enfants, sont gênés dans leur réalisation, non par des facteurs externes, mais par des facteurs internes. Pour satisfaire ses désirs et ses besoins, le petit enfant dépend complètement des adultes ; ceux-ci l'aident à satisfaire ses désirs ou l'en empêchent. Lorsque l'enfant est frustré, il imagine que son désir se réalise de la manière qui lui a été refusée par la réalité. Mais, dans les rêves d'adultes, les désirs latents sont contraires aux normes du sujet. L'obstacle à leur réalisation est un obstacle interne. Ainsi, le désir de blesser une personne dont on est l'obligé ne peut s'exprimer simplement ; dans un rêve on la frapperait ou bien on la tuerait. L'expression directe de telles tendances indésirables engendrerait de graves conflits, provoquerait des sentiments de peur et de culpabilité et éveillerait le rêveur. C'est pourquoi il est nécessaire que le désir soit déguisé dans le rêve, soit en remplaçant l'objet de l'impulsion hostile par un autre, que le rêveur a des raisons de haïr, soit en attribuant à un autre qu'au rêveur le rôle du meurtrier. Ainsi, l'expression de la tendance inconsciente est possible tout en évitant un conflit avec la conscience morale. Le rêve rend le sommeil possible en détournant la pression d'un désir inassouvi vers un mode d'expression compatible avec les normes du rêveur.
Cette hypothèse devait être confirmée par des faits, et il fallait mettre au point une méthode permettant de reconstituer le sens caché des rêves.
2. PRINCIPES PERMETTANT DE RECONSTITUER LE SENS CACHÉ DU RÊVE
Freud distingue le contenu manifeste du rêve, qui en forme la trame, et le contenu latent, qui est déguisé en raison de son caractère inacceptable. Il appela élaboration le processus par lequel le contenu latent du rêve est transformé en contenu manifeste. L'élaboration résulte de la censure du surmoi, qui ne permet pas aux désirs indésirables de s'exprimer directement. L'interprétation devra pénétrer au-delà de la censure et détruire le processus d'élaboration. L'élaboration transforme le contenu latent en un contenu manifeste relativement peu répréhensible ; l'interprétation reconstitue le conflit latent à partir du contenu manifeste. La résistance à l'interprétation analytique des rêves est le fait de la même force qui en a opéré le déguisement. Puisque le désir qui s'exprime dans les rêves a été rejeté de la personnalité consciente, l'essai de pénétration dans ce déguisement suscite une protestation violente. Cette résistance explique pourquoi la plupart des rêves apparaissent dépourvus de sens et incohérents. Freud la surmonta par l'association libre et découvrit un moyen permettant à la fois de reconstituer le contenu latent du rêve et d'expliquer sa déformation. Le rêveur associe librement à propos des différents éléments de son rêve. Il est nécessaire de diviser en ses éléments le contenu manifeste du rêve, parce que seul le rêve entier replacé dans son contexte a une signification répréhensible ; les éléments par eux-mêmes sont inoffensifs. Les associations sur les éléments manifestes du rêve amènent le rêveur à ses éléments latents. La pression des désirs refoulés force la résistance amoindrie, car au cours de l'association libre, la censure inconsciente n'exerce plus de contrôle conscient sur le cours des idées, et le contenu psychique refoulé émerge dans la conscience. Lorsque tous les éléments du rêve ont été de la sorte éclairés, les associations elles-mêmes sont assemblées en un tout significatif. De même qu'il est impossible de donner dans le calcul de règles générales pour l'intégration ou qu'on ne peut donner de règles générales pour la solution des mots croisés, de même la recombinaison des associations sur un rêve est une création, un résultat de l'expérience et de l'habileté naturelle. Une fois cependant qu'une solution exacte a été trouvée, elle peut être vérifiée avec rigueur lorsque l'observateur a suffisamment de connaissances, notamment sur l'état affectif du rêveur pendant le rêve. L'analyse du rêve telle qu'elle est pratiquée par des amateurs en société n'a que peu de rapports avec l'interprétation scientifique des rêves. Celle-ci ne peut être réellement faite qu'au cours de la cure psychanalytique, parce que le psychanalyste a une connaissance approfondie de la vie affective du rêveur au moment du rêve, et parce qu'il connaît également son passé.
Nous pouvons expliquer tout ceci plus concrètement à l'aide d'exemples. Cependant, avant de discuter ceux-ci, il faut considérer quelques autres données. Freud observa précocement que certains éléments du rêve ne donnaient pas d'associations. C'étaient des symboles généraux d'une expérience humaine universelle. Quelques auteurs, Jung en particulier, pensaient que l'hérédité avait inscrit dans un « inconscient collectif » ces symboles. Freud n'exprima pas d'opinion nette sur cette question. Je ne vois pas la nécessité d'une hypothèse aussi improbable que celle de la préexistence phylogénétique des symboles. Leur universalité peut s'expliquer par des expériences communes à tous les sujets.
La connaissance des symboles universels a été tirée des rêves d'un grand nombre d'individus et aussi de l'étude du langage et du folklore. De nombreux symboles qui apparaissent dans les rêves se rencontrent également dans le langage figuré. Le roi est un symbole universel du père, aussi bien dans les rêves que dans le folklore, et on parle souvent de lui comme père de la nation. Les symboles les plus communs concernent les membres de la famille, les faits essentiels de la vie tels que la naissance, l'acte sexuel, les organes sexuels et la mort.
Le père est symboliquement représenté non seulement comme roi, mais aussi comme animal : dans le totémisme, par exemple, un animal représente l'ancêtre de la tribu. La mère est symbolisée par la nature, la terre, l'eau, sources de toute vie. Ce symbole est également commun au folklore et au rêve. Avec une constance surprenante la naissance est symbolisée par l'eau et par des scènes où l'on sauve quelqu'un de la noyade. Comme l'a montré Otto Rank, dans le folklore, la naissance du héros est souvent rapportée sous cette forme. L'exemple le plus connu en est la légende de Moïse qui fut découvert par la fille du Pharaon dans une corbeille flottant sur l'eau, c'est là une allusion symbolique à un enfantement illégitime de la princesse.
La procréation est tantôt symbolisée par la semence, les labours, ou la fabrication. Il est impossible de donner ici une liste complète des symboles mais nous devons mentionner le bois comme symbole de la mère. En latin, materia signifie « matière » et mater signifie « mère », en espagnol, madera signifie « bois ». Une équation inconsciente relie ici la mère aux substances à partir desquelles les choses peuvent être créées.
Parce qu'il est entouré de mystères et de refoulement, l'acte sexuel est habituellement représenté dans les rêves par des symboles. La nature incestueuse des pulsions de l'enfant qui sont un objet de tabou dans toutes les civilisations est une cause universelle du refoulement sexuel. La variété de ses expressions symboliques est grande, mais elle repose sur quelques rares et simples analogies telles que la pénétration d'objets creux, un voyage en compagnie d'une autre personne dans le même compartiment. Le mot allemand Verkehr signifie à la fois « trafic » et rapports sexuels.
Les enfants sont habituellement symbolisés par de petits animaux, comme dans l'expression « mon poulet ». En raison de l'hostilité inconsciente propre aux rivalités fraternelles, ces animaux symboliques sont souvent voraces et répugnants, comme les punaises et les vers. Le symbole du départ est fréquemment une allusion à la mort.
La connaissance des symboles communs et de leur déguisement peut être comparée à l'habitude que nous pouvons avoir d'une langue, et nous y faisons souvent allusion en parlant du langage du rêve. C'est pourquoi, dans l'interprétation des rêves, la technique des associations libres est grandement facilitée par la connaissance que l'interprète peut avoir de ce langage. Nous envisagerons plus tard la mentalité caractéristique du rêve. Présentons ici quelques exemples pour mieux illustrer les généralités que nous venons d'énoncer.
PREMIER RÊVE
Un homme d'affaires allemand d'âge moyen vient consulter pour un état dépressif sévère avec idées de suicide. Cette dépression survient un an et demi après son retour de l'armée, où il avait été officier pendant la Première Guerre mondiale, au moment où il fut obligé de faire face à ses obligations civiles. Au début de son traitement, il rapporta le rêve suivant :
« Je me promène avec un des officiers supérieurs de l'armée russe et je m'aperçois que c'est le tsar. Soudain, apparaît un étranger avec une épée qui veut tuer le tsar. Je veux intervenir pour sauver le tsar, mais trop tard. Il assassine le tsar (1). »
(1) Le rêve a été décrit dans Le criminel et ses juges, par F. Alexander et H. Staub (Paris, Gallimard, 1938).
Conformément à la technique d'interprétation des rêves que nous venons de décrire, je divisai le rêve en ses éléments et je demandai au sujet d'associer à propos de chacun d'eux.
Le malade associa tsar au fait qu'en russe le tsar est appelé « petit père ». L'officier du rêve lui rappelait une de ses expériences de guerre. Au cours d'une accalmie pendant les opérations, les adversaires convinrent pendant un certain temps de ne pas se tirer les uns sur les autres à partir des tranchées, qui étaient très voisines. Les soldats pouvaient se voir, se parler, ils se connaissaient même de nom et de vue. Une fois, le malade viola la convention, ce qui lui apparut « étrange » parce que dans la vie normale « il était incapable de faire du mal à une mouche ». Il justifia sa cruauté par le fait que les Russes étaient prêts à tuer les femmes et les enfants de leurs ennemis.
Lorsqu'on lui demanda d'associer sur le mot « étranger », il hésita. Rien ne lui vint à l'esprit, et ennuyé, il reconnut qu'il ignorait qui était l'étranger. On lui dit que l'étranger était probablement la partie étrangère de sa propre personnalité, laquelle avait commis le meurtre. On lui montra qu'il s'était servi du mot « étranger » pour dire « combien le fait de tirer sur ce Russe était peu conforme à son caractère habituel ». Le malade protesta énergiquement et dit : « Comment cela pourrait-il être moi-même, puisque dans le rêve j'essaie de sauver le tsar? » On lui explique alors qu'il était l'auteur du rêve et que s'il l'avait voulu, il aurait pu sauver le tsar. Ce point devint clair à son intelligence et, plus tard il rapporta des souvenirs dans lesquels des sentiments hostiles contre son père étaient rappelés.
Ce rêve illustre quelques mécanismes. 1° En représentant une partie de sa personnalité sous la forme d'un étranger, il utilisa le mécanisme de la projection. Cela était possible parce que les actes agressifs étaient à ce moment étrangers à son moi et refoulés. Sa personnalité actuelle était bienveillante et indulgente. 2° Il substitua le tsar à son père, le roi étant le symbole habituel du père. Le rêve était dû aux sentiments hostiles que provoquait la situation analytique. Il transféra sur l'analyste les mêmes sentiments ambivalents qu'il avait ressentis envers son père. Son agressivité infantile avait été ravivée. Le rêve était une représentation cachée de son hostilité contre des personnes investies de l'autorité, réaction qui avait son origine dans l'enfance. Si ce type de réaction n'avait pas déjà préexisté, il n'aurait pas réagi avec autant d'hostilité contre l'analyste. 3° Dans le rêve, il essaya de sauver sa victime ; ce n'était sans aucun doute qu'un geste hypocrite.
C'est un exemple de surcompensation. Au lieu de le tuer, il essaya de sauver le tsar.
Le rêve exprime une hostilité contre l'autorité, accrue par la situation thérapeutique. Cette dernière était une répétition de la relation antérieure père-fils dont le malade ne s'était jamais complètement délivré. De retour de l'armée où son besoin de dépendance se trouvait satisfait, il se vit obligé de réassumer la responsabilité de lui-même et de sa famille. il n'était pas prêt pour cela, c'est pourquoi il régressa à ses désirs de dépendance antérieurs. Dans son enfance son père s'était interposé entre sa mère qui le gâtait et lui. Dans ses dispositions régressives, il opposa à toute autorité les mêmes réactions qu'il avait précédemment opposées à son père et, au début du traitement, il réagit effectivement envers l'analyste comme si ce dernier était son père sévère.
DEUXIÈME RÊVE
Un jeune homme d'affaires, marié, rapporta le rêve suivant au début de son analyse :
Il se trouvait sur un balcon avec la femme de son frère aîné. Un autre balcon appartenait à l'appartement voisin ; les deux appartements étaient à l'étage supérieur. Sa belle-sœur sauta soudain du balcon sur le balcon voisin et lui fit signe de la suivre, mais il avait peur de sauter.
Dans ses associations sur ce rêve, il mentionna immédiatement qu'il avait passé la soirée précédente avec sa belle-sœur. Il avait dîné chez elle et ils restèrent seuls parce que le mari allait à une réunion importante. Le frère aîné avait joué un rôle semi-paternel dans la vie du malade. Leur père était mort, lorsque le malade avait trois ans, et son frère était son aîné de quatorze ans. Ce frère était maintenant un homme d'affaires qui avait très bien réussi, il avait été le soutien matériel et moral de son frère cadet.
A l'époque du rêve, le malade possédait une mercerie élégante, que son frère avait commanditée. Sa belle-sœur était son associée. La veille, il s'était entretenu du magasin avec elle. En rapportant ce rêve, le malade dit que pendant longtemps il s'était confusément senti attiré par sa belle-sœur et que, ce soir-là, il avait senti qu'elle était prête à accepter ses avances. En effet, elle avait déclaré de manière provocante qu'elle n'aurait aucun scrupule à avoir des relations extra-conjugales avec un homme qui lui plairait. En rapportant cet événement, le malade fit la remarque qu'il respectait trop son frère pour céder à cette tentation.
A la lumière de cette situation, le rêve devient intelligible si on se souvient qu'en allemand - l'analyse eut lieu en Allemagne - Seitensprung signifie « un saut de côté », mais est aussi un terme familier pour désigner des relations extra-conjugales, l'équivalent de l'expression familière « faire un écart ». Dans le rêve, le même symbole est utilisé pour désigner l'idée des relations extra-conjugales. Cependant, dans le rêve comme dans la réalité, il n'avait pas eu le courage de suivre l'invitation de sa belle-sœur. Puisque ses propres désirs n'étaient pas inconscients, l'émotion refoulée n'était pas l'attrait sexuel lui-même, mais le fait qu'il n'osait pas y céder. Il insista sur le caractère moral de son hésitation, mais il était en fait effrayé. Ceci fut confirmé par le matériel qui apparut lorsque le rêve eut été interprété. Le malade reconnut que, lorsqu'il envisageait une aventure avec la femme de son frère, sa première réaction avait été la crainte que son frère ne lui enlève son commerce et ne le laisse sans appui. Son principal conflit était en fait la lutte contre sa dépendance par rapport à son frère, contre ses sentiments d'insécurité. Son attitude était inévitablement ambivalente. Pour se libérer de ses sentiments de honte et de sa dépendance, il ressentait le besoin qu'il n'osait pas exprimer ouvertement de rivaliser avec son frère. Dans le rêve, le fait que les deux balcons se trouvaient sur l'étage supérieur était l'expression symbolique du danger d'avoir des rapports sexuels avec sa belle-sœur.
Dans ce rêve nous pourrions mettre en évidence d'autres mécanismes typiques. Le geste de faire un saut d'un balcon à un autre est la représentation d'une expression du langage, mécanisme habituel du rêve. Freud compara à juste titre le rapport entre les mécanismes de la pensée du rêve et ceux de la veille au rapport entre l'écriture pictographique et l'utilisation de l'alphabet. Dans le rêve, des idées abstraites sont figurées sous une forme concrète qui correspond à l'image suggérée par le mot. Ainsi nous appelons un nouveau riche, un parvenu (upstart). Dans les rêves, le désir de parvenir en haut de l'échelle sociale peut être symbolisé par la montée d'escaliers ou par l'ascension d'une montagne. Nous parlons de personnes qui « montent » dans la société, sans penser à l'acte physique de grimper. Dans les rêves, cependant, des allusions à des idées abstraites sont habituellement exprimées sous une forme primitive et concrète. Le malade exprime sa peur de perdre sa sécurité par le danger de tomber du haut de quelque chose. L'idée qu'une aventure avec sa belle-sœur entraînerait sa « chute » apparaît au rêveur comme l'acte de sauter en haut d'une maison d'un balcon sur un autre, ce qui l'expose au danger d'une chute physique.
3. MÉCANISMES DU RÊVE
Condensation.
Le contenu manifeste du rêve est une compression de ses éléments latents refoulés. Cette brièveté est en elle-même un déguisement efficace et est atteinte par différents moyens. Des parties du contenu latent du rêve sont émises, ou bien seuls des fragments peu importants apparaissent dans le rêve. Cependant, au moyen d'un « déplacement de l'intensité », les parties véhiculent l'effet du tout. La caractéristique la plus importante de la condensation consiste dans la fusion en une idée, en une image, de plusieurs éléments latents possédant un trait commun. Un bon exemple de condensation est fourni par le rêve suivant d'un homme d'affaires de trente-six ans, benjamin de cinq frères :
« Il y a dans le salon de la maison de mes parents un objet particulier. Je n'arrive pas à savoir ce que c'est. Cela a l'air d'un poêle, c'est fait à la fois de tuiles et de radiateurs. Il représente le cadeau commun que mes frères et moi, nous avons fait à ma mère. »
Ses associations m'apprirent que sa mère avait eu son anniversaire quelques jours auparavant. Le malade habitait loin de ses parents et avait envoyé de l'argent à l'un de ses frères pour acheter un cadeau en son nom. Il rapprocha immédiatement les « tuiles » du fait que quelques-uns de ses amis avaient récemment gagné une somme importante dans une affaire où ils avaient vendu des tuiles. Les radiateurs lui rappelèrent que son père avait récemment construit une maison pour sa mère et qu'il avait pourvu celle-ci, non de radiateurs, mais d'un autre moyen de chauffage, bon marché et inefficace. Sa mère avait critiqué les économies de son père.
Les séances précédentes m'avaient fait connaître les faits saillants suivants. Le malade était le plus jeune de cinq frères. Sa famille le tenait pour pauvre et il était le seul des frères qui ne fût pas associé à l'entreprise paternelle. Il obtenait dans sa propre entreprise un succès modéré. Il avait épousé une divorcée, précédemment mariée à un homme très riche, et sa principale ambition était d'entourer sa femme d'un luxe égal à celui qu'elle avait connu auparavant. Le malade était très mortifié par sa famille, la dépréciation de ses aptitudes, et son exclusion de l'entreprise paternelle. Ses sentiments de rivalité et de jalousie à l'égard de ses frères avaient été refoulés avec succès et ne pouvaient être reconstitués qu'à partir de ses symptômes et de ses rêves.
Le contenu latent du rêve peut être reconstitué à partir de ses associations et de son histoire et il est en bref le suivant : « Je désire faire mieux auprès de ma mère que mon père et lui donner ce qu'il lui a refusé, un radiateur. Je désire réussir aussi bien dans les affaires que mes amis, qui ont récemment gagné tant d'argent avec les tuiles. Cette idée n'existe que par l'allusion des tuiles du rêve. Sa rivalité avec son père au sujet de sa mère et sa jalousie pour le succès de ses amis sont condensés dans le cadeau fait à sa mère, qui réunit le radiateur et les tuiles. En s'associant à ses frères pour faire ce cadeau, il renie son désir de surpasser ses frères. En fait, ce cadeau à sa mère lui cause un certain embarras puisqu'à la fois il désirait et ne désirait pas rivaliser avec ses frères. C'est pourquoi il envoya l'argent et demanda à ses frères d'acheter le cadeau en son nom. La rivalité avec ses frères était suffisamment vouée à l'échec pour être refoulée. Dans son rêve, il exprime ouvertement la rivalité avec son père en donnant un radiateur à sa mère, mais il nia son désir de rivaliser avec ses frères en se joignant à eux pour un cadeau commun.
Tous ces violents désirs de rivaliser avec son père et ses frères, avec le premier mari de sa femme et avec ses amis fortunés, sont condensés au cours du rêve dans la réunion des tuiles et des radiateurs.
Allusion.
Dans le rêve un détail en apparence insignifiant exprime souvent une allusion personnelle cachée. « Politique de parapluie » signifie apaisement, en raison de l'allusion au parapluie de Chamberlain. Freud appela une forme d'allusion pars pro toto. Au lieu d'une personne ou d'une action entière, le rêve manifeste n'en contient que des fragments. Il se peut cependant que l'allusion soit plus compréhensible et qu'elle se rapporte à une réalité cachée, comme c'est le cas dans le langage ordinaire.
La succession chronologique remplaçant la causalité.
La succession chronologique remplace souvent la causalité dans le rêve. Le fait que deux événements surviennent successivement dans un rêve peut indiquer une relation causale entre eux. Ici encore, le rêve révèle un mode de pensée primitif.
Un étudiant de vingt-trois ans en cours d'analyse, faisait le point de son attitude de rivalité envers son père et des sentiments de culpabilité qui y étaient liés.
Il rêva qu'il prenait la place du général Eisenhower et qu'il portait son uniforme. Il devait ensuite se rendre quelque part en avion et changer de vêtements. Il les cherchait mais ne pouvait les trouver ; il ne pouvait accrocher ses médailles ni fermer ses boutons et il manqua l'avion.
Cet échec s'expliqua par les sentiments de culpabilité qu'avait entraînés son désir d'usurper la place du général Eisenhower, c'est-à-dire de son père ; c'est pourquoi il ne put ni trouver ses vêtements, ni accrocher ses médailles, ni fermer ses boutons, ni prendre l'avion. Cela devient évident si nous réunissons la première et la seconde partie du rêve par le mot « parce que ». « Je ne pouvais pas réussir parce que je désirais prendre la place de mon père. »
D'autre part, dans certains rêves, des événements survenant plus tard expliquent des faits antérieurs. Une femme de vingt-six ans, à fortes aspirations masculines, luttait pendant son analyse contre son agressivité envers ses parents. Elle n'aimait pas son père parce qu'il était froid, ni sa mère parce qu'elle était dominatrice.
Dans son rêve,
elle entrait dans un grand magasin pour acheter un chapeau. Elle tenait son propre chapeau à la main, qu'elle ouvrit pour examiner l'armature de celui-ci. Un petit carnet tomba du chapeau. Elle décida de ne pas acheter de nouveau chapeau mais de garder l'ancien. Alors, la scène changea, et elle revenait du magasin chez elle avec son père. Un homme, connu dans sa ville natale sous le nom de F. X., possédait une maison avec une grande cheminée qui laissait échapper des étincelles faites de nombreuses flammes (1).
(1) Ce rêve était celui d'une malade traitée sous mon contrôle à l'Institut de Psychanalyse de Chicago.
La malade associa sur son vieux chapeau sa satisfaction de « son propre type de féminité ». La cheminée lui apparut comme un symbole sexuel. F. X. est une personne qui existe réellement et qui maltraita sa propre fille, ne l'aidant jamais et prenant toujours le parti de sa cruelle belle-mère. Cela rappela à la malade l'atmosphère qui régnait dans sa propre maison. D'autres associations montrèrent que la malade veillait à obtenir de l'argent de son père, qui payait son analyse. D'autres détails de ce rêve sont peu intéressants ici, mais ces deux parties deviennent claires si nous réunissons la seconde et la première partie par le mot « parce que ». « Parce que mon père m'a toujours maltraitée comme Monsieur F. X. a maltraité sa fille, et parce que la virilité - la cheminée - laisse échapper les flammes dangereuses de la passion, je préfère ma propre féminité - le vieux chapeau - qui comporte une importante composante masculine, sa rigidité. En y restant attachée j'ai des avantages - le carnet - puisque mon père aura à s'occuper de moi et à continuer à payer mon analyse. »
Représentation par les contraires.
Une personne ou une action est souvent déguisée dans les rêves sous la forme de son contraire. Ainsi, les parents sont souvent représentés dans les rêves sexuels par des étrangers ou par des gens d'une autre race tels que des Chinois. Rien ne ressemble moins à des parents qu'un étranger d'une autre race. La représentation par les contraires est comparable à la surcompensation. Dans le rêve du meurtre du tsar, le rêveur essaya de sauver le tsar. Sauver au lieu de tuer, voilà une représentation par le contraire. Une personne particulièrement grande peut être représentée dans le rêve comme très petite, une personne obèse comme maigre, une personne brune comme blonde.
Représentation imagée, personnification et autres modes de pensée régressive.
Les modes de pensée du rêve sont généralement primitifs. Nous avons déjà vu que les formules abstraites sont exprimées par des images concrètes. La logique de l'esprit est souvent remplacée par ce que nous pourrions appeler une logique primitive du sentiment. En raison de leur caractère primitif, les rêves représentent un excellent moyen d'étudier la mentalité enfantine. Freud insista sur la méconnaissance par le rêve des postulats logiques élémentaires, tels que : une chose ne peut pas être en même temps en deux endroits différents. Le rêveur peut apparaître tel qu'il est, certaines de ses attitudes peuvent cependant être personnifiées par d'autres personnes ou même par des animaux. La poursuite d'animaux représente souvent la projection des tendances agressives du rêveur, génératrices d'anxiété, et auxquelles il essaie d'échapper. La personnification des désirs et tendances sous forme d'êtres animés est analogue au rôle des animaux dans la pensée primitive.
4. LA DYNAMIQUE DU RÊVE.
On comprend mieux les rêves en les considérant comme la résultante de deux forces antagonistes : l'intention d'exprimer un désir et de réduire une tension et la tendance contraire à rejeter ce désir. Un examen plus approfondi de la totalité du rêve révèle souvent la naissance du désir refoulé, la manière dont il essaie de s'affirmer, les obstacles et l'angoisse qu'il rencontre et comment il essaie d'éviter cette opposition à l'aide de déguisements et de modifications. Rapidement cependant, il rencontre d'autres obstacles auxquels il essaie à nouveau d'échapper, tout comme l'eau qui descend le long d'une colline se dirige dans une direction pour contourner un rocher et est soudain forcée de modifier son trajet pour éviter un nouvel obstacle. Il existe dans le rêve de nombreux modes d'évasion depuis le simple déguisement jusqu'au compromis compliqué avec les forces refoulantes. Lorsque le déguisement qui résulte d'une concession aux forces refoulantes, devient trop important, il sacrifie trop de la valeur du désir refoulé, pour pouvoir le satisfaire et le besoin de satisfaction exige une expression plus franche. Si par contre les expressions deviennent trop franches, un déguisement plus efficace devient nécessaire. Cela est très net dans le rêve du meurtre du tsar. Il débute prudemment en représentant la victime comme un officier de haut rang. C'est une allusion au père qui n'est pas assez claire, et ainsi, l'officier se transforme en tsar lui-même. Alors, la représentation du tsar devient assez claire, mais le rêveur ne peut commettre en personne le crime et il personnifie son désir de meurtre dans un étranger.
Le compromis entre la satisfaction d'un désir répréhensible et le sentiment de culpabilité qui pèse sur lui est illustré par un autre rêve du même homme d'affaires qui rapporte le rêve du radiateur. Pour comprendre le rêve, il est nécessaire de rapporter deux faits importants de sa vie. Benjamin de cinq frères, il était de petite taille, tout en étant le plus grand des cinq hommes de la famille. Son symptôme névrotique le plus important était une timidité extrême, qui devenait tout à fait intolérable en présence d'hommes de grande taille. Au cours d'une séance d'analyse, il rapporta le rêve suivant :
« Nous sommes réunis dans le cercle de famille et un petit homme portant de très grandes bottes, probablement un clown, se livre à une danse très comique. »
A propos de clown, il associa le fait qu'il avait imité lui-même la danse d'un clown, vue la veille dans un cabaret avec quelques amis. Il l'avait très bien imitée et rencontré un vif succès. Tout d'abord, il ne put rien associer sur les grandes bottes, sauf qu'il avait porté de telles chaussures pendant la guerre. Elles avaient été très inconfortables et il les avait données. Soudain, sans aucune relation apparente, un souvenir d'enfance apparut. Il avait six ans et jouait dans la forêt avec son père. Ils avaient décidé de faire la course. Son père était un petit homme obèse, mais il courut plus vite que son fils qui avait six ans. Le malade se souvint d'avoir été furieux que son père ait gagné la course. Le rapport inconscient reliant ce souvenir oublié aux chaussures montantes est l'histoire bien connue de la botte de sept lieues, qui permettait à son propriétaire de faire des pas de sept lieues. Dans son rêve, il portait de telles bottes et il comprit avec trente ans de retard son désir de courir plus vite que son père. Puisque sa famille était presque une famille de nains et que lui était le plus grand, il avait donc effectivement réussi à dépasser en hauteur ses frères et son père. C'était par une malice tragico-comique du destin que sa supériorité de taille, point sur lequel il remporta une victoire dans le combat œdipien, devint plus tard sa plus grande faiblesse car sa gaucherie et sa timidité s'accentuaient particulièrement en présence d'hommes grands. En rapport avec son rêve, il se rappela que la veille il avait été dans un restaurant avec sa femme ; à une table voisine il avait aperçu quelques hommes grands et bien de leur personne et il avait éprouvé à leur égard un sentiment d'envie plus vif que jamais. Dans les associations qui suivirent, il prit nettement conscience qu'une des sources de son sentiment d'infériorité était sa petite taille. Il avait toujours eu vaguement conscience que cela était lié à sa timidité, mais alors il en prit complètement conscience. Dans le rêve, il satisfaisait son désir infantile de courir plus vite que son père et d'être plus grand que lui, mais les grandes bottes, symbole à la fois de son ambition et de son désir d'un plus grand pénis, étaient la raison de l'impression comique qu'avait produite sur lui le clown, personnification de lui-même. Les grandes bottes étaient un symbole de vitesse, de haute taille et d'un grand pénis, mais aussi de la punition de ses désirs, chargés de culpabilité œdipienne. La signification des bottes comme punition s'exprimait dans l'impression de comique que faisait sur lui le petit homme ainsi chaussé.
Sa première association relative aux bottes était celle d'une paire qu'il avait eue pendant la guerre et qui avait été plutôt un obstacle. Ce rêve ressemblait au conte de fées dans lequel le petit garçon envieux est puni de son envie par un horrible nez qui lui pousse. Le sens symbolique de cette histoire est tout à fait transparent. Le long nez symbolise le grand pénis que désire le petit garçon et qu'il reçoit en guise de châtiment. Le désir du malade de rivaliser avec son père a également été réalisé ; il est devenu plus grand que tous ses rivaux de la famille et, dans le rêve, il porte les bottes de sept lieues. Sa taille physique, cependant, était devenue la raison de sa timidité névrotique. Sa conscience morale le punit juste sur le point où il avait réussi. Bien qu'étant le plus grand de sa famille, il se sentait petit par rapport aux autres hommes. Le compromis réside en ce que le malade satisfait dans le rêve son désir le plus cher - impressionner sa famille qui le mettait au dernier rang de ses membres, mais il ne pouvait y réussir que dans une danse comique, en imitant un clown, ce qui satisfaisait son besoin de punition et d'exhibition.
Les oscillations entre le désir et le refoulement sont surtout nettes dans les couples et dans les séries de rêves qui se produisent au cours de la même nuit (1).
(1) F. Alexander : « Ueber Traumpaare and Traumreihen ». Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse. Band II, 1925.
Ces couples de rêves ont des rapports très étroits. Par exemple, le premier représente un acte interdit en déguisant la personne, mais en décrivant nettement l'acte ; le deuxième déguise l'acte mais révèle la personne. Tous deux expriment alors complètement le désir interdit. Voici un exemple typique de tels couples :
1° « Je voyage en automobile avec ma mère. »
2° « J'ai des rapports sexuels avec une femme inconnue. »
Le désir incestueux s'exprime dans l'ensemble des deux rêves alors que chacun d'entre eux reste irrépréhensible en lui-même.
Le premier des rêves d'un couple rend souvent l'apparition du deuxième possible en éliminant le sentiment de culpabilité :
1° « Je demande à quelqu'un de me donner un journal. Il m’injurie et refuse. »
2° « Une personne me change une grande coupure. Elle me donne la monnaie mais je ne lui donne pas le billet que je voulais convertir en petites coupures. »
La veille de ce rêve, le malade m'avait demandé l'autorisation de parcourir le journal qui se trouvait sur mon bureau. J'avais refusé. Le deuxième rêve faisait allusion à un autre fait. Il avait omis de me payer la totalité de mes derniers honoraires et m'en devait une partie. Le rêve exprime son désir de ne pas me payer. Il le justifie par mon refus de lui prêter le journal. Il se servait de cet épisode insignifiant pour justifier dans le rêve le désir de ne pas me payer.
Le deuxième rêve corrige quelquefois les sentiments de culpabilité, qu'entraîne le premier, dans lequel une satisfaction de désirs interdits a été autorisée trop nettement. Un riche patient s'enthousiasma pour la psychanalyse et se familiarisa rapidement avec les principes de la théorie psychanalytique. Il caressa l'idée de devenir psychanalyste après avoir terminé sa cure, ce qui n'est pas rare comme on sait. Son identification à l'analyste était une répétition de son identification à son père. Avant le rêve nous avions discuté le fondement affectif de son projet de devenir ultérieurement analyste. A ce propos, il rapporta le couple de rêves suivants :
« Mon frère a volé quelques brevets, ce qui lui a permis de gagner beaucoup d'argent. »
Voilà le seul fragment d'un long rêve compliqué dont la majeure partie avait été oubliée. Le deuxième rêve de la même nuit était :
« J'ai un dentier, une sorte de mâchoire artificielle, qui est tombé de ma bouche. »
A propos des brevets, il rapporta que son frère avait récemment été très occupé par l'exploitation de nombreux brevets. Quelques jours plus tard, un jeune médecin hongrois avait téléphoné à son frère et lui avait offert quelques nouvelles inventions. Le malade continua ensuite en décrivant le médecin hongrois. Son frère avait été, fort impressionné par ce jeune homme, qui avait été autrefois dentiste mais qui possédait également un don réel pour les inventions techniques. Il avait déjà eu de nombreux brevets enregistrés dont quelques uns avaient connu un grand succès et il avait même inventé un nouvel alliage pour les plombages.
Ces associations suffisent pour comprendre ce premier rêve. Il attribua à son frère ses propres tendances à voler quelque chose au médecin hongrois, c'est-à-dire à moi-même, car il savait que je suis d'origine hongroise. Ce dont il désirait me priver était non pas un brevet, mais la connaissance de la psychanalyse et ma situation professionnelle. Son désir de devenir analyste exprimait son désir de prendre ma place. Il lui était facile de remplacer la psychanalyse par un brevet pour un dentier, parce que le médecin hongrois avec lequel son frère avait négocié était dentiste. Les deux rêves n'ont de signification que si on les considère ensemble . « Je désire dérober à mon analyste un brevet, c'est-à-dire la connaissance de la psychanalyse ; mais la punition serait la perte de mon dentier, c'est-à-dire du bénéfice du traitement. » Il comparait souvent la psychanalyse à une sorte de prothèse dont seuls les névrosés ont besoin.
On ne peut comprendre le sens total et précis de ces rêves qu'en les rapprochant des séances analytiques précédentes. Le rêve est une réponse à une interprétation précédente sur son désir de devenir analyste qu'il avait ressentie comme une accusation. Ce que je lui avais répondu revenait à dire : « Vous désirez devenir analyste parce que vous m'enviez et parce que vous aimeriez avoir ma situation. » Dans le rêve il répond : « Ce n'est pas vrai ; c'est mon frère qui désire dérober quelque chose à un médecin hongrois. Pourquoi envierais-je votre connaissance et votre capacité scientifique, puisque le dentier que vous mettez dans ma bouche, le traitement psychanalytique, ne vaut rien et n'a de valeur pour personne ? Voyez donc. Il est tombé. » Ce couple de rêves peut être considéré comme un dialogue entre l'inconscient du malade et son analyste. Le second apaise les remords consécutifs au premier.
Il faut remarquer que la projection sur son frère des désirs de vol du malade fut insufflisante pour calmer ses sentiments de culpabilité. Le besoin de se punir lui-même persista tout au long avec son désir de déprécier toute aide reçue.
Tout rêve peut être considéré comme une tentative de satisfaire des désirs, tentative en accord avec les règles morales et les conditions extérieures. C'est ce que l'on peut appeler la fonction de résolution des problèmes propre au rêve (French).
La conception de Freud suivant laquelle des processus inconscients peuvent être très complexes est confirmée par le fait que les rêves peuvent apporter une solution à des problèmes intellectuels difficiles. Des problèmes d'échecs ou de mathématiques ont été résolus à plusieurs reprises au cours du sommeil. Le rêveur va s'endormir après avoir longuement réfléchi à un problème et s'éveille en ayant trouvé la solution. Le fait que, dans le rêve, des problèmes intellectuels complexes peuvent être résolus semble en contradiction avec l'opinion que le rêve représente un processus psychologique plus primitif que le raisonnement éveillé. Le processus par lequel les problèmes sont résolus dans le rêve est identique cependant à ce phénomène qui se produit également dans l'état de veille et que l'on nomme intuition.
L'intuition résout le problème sans prendre connaissance des chaînons intermédiaires. Elle a attiré l'attention de nombreux psychologues, entre autres Bernard Alexander, dont les vues coïncident avec la théorie psychanalytique. Il vit dans l'intuition une forme non verbale de pensée. Freud définit également la pensée consciente comme le rapport entre « les représentations des choses » et les mots. La pensée verbale s'exprimant dans des mots repose sur des généralisations qui se fixent en catégories. Des objets semblables sont désignés par le même terme. Une fois qu'un nom a été attribué à un objet, il est difficile d'inclure des objets nouveaux dans la même catégorie, ou plutôt de découvrir des similitudes entre des objets en apparence sans rapports les uns avec les autres. L'intuition retourne au stade où l'on peut mettre spontanément et naïvement les objets en relation les uns avec les autres. Les mots apportent la précision à notre pensée mais peuvent faire obstacle à la découverte de nouveaux rapports. C'est pourquoi la pensée intuitive ou préverbale est utile pour découvrir des rapports nouveaux, alors que la pensée verbale est plus fixée et plus précise. Les rêves se déroulent au niveau préverbal et il n'est pas étonnant qu'au cours du rêve de nouvelles corrélations intuitives puissent être établies. Un des meilleurs exemples est la découverte par Kekulé de l'anneau du carbone au cours de son sommeil. Il s'était assoupi au milieu d'une étude sur les composés organiques et dans son rêve, les atomes défilèrent d'abord de façon désordonnée devant ses yeux pour se mettre ensuite en ordre et se déplacer à la manière d'un serpent. Enfin, le serpent formé de réunions d'atomes se mordait la queue. Kekulé s'éveilla ayant découvert l'anneau du carbone.
Habituellement cependant le problème du rêveur n'est pas de nature intellectuelle ; il s'agit plutôt de satisfaire un désir sans susciter des conflits intérieurs. Tous les mécanismes de défense précédemment décrits peuvent être utilisés dans ce dessein : la projection du désir interdit sur quelqu'un d'autre (le malade volant un brevet), la justification par la souffrance d'un désir refoulé (le rêve du journal), le déplacement (meurtre du tsar au lieu du père) et beaucoup d'autres méthodes d'affirmation de soi. Le travail de résolution d'un problème propre du rêve s'observe le mieux en cours du traitement. Les interprétations de l'analyste suscitent ou détruisent les défenses et obligent le rêveur à trouver de nouveaux moyens pour résoudre les conflits entre ses normes et les tendances indésirables. Dans son étude des suites de rêves se produisant au cours du traitement, French a décrit cette fonction avec précision.
5. RÊVES A CONTENU DÉSAGRÉABLE
Les rêves pénibles et dont le rêveur se réveille terrorisé ne semblent pas pouvoir s'expliquer par la théorie du rêve - réalisation de désirs. Rappelons cependant que le rêve est une tentative pour réduire, en provoquant le moins de conflits possible, une tension due au refoulement et que le travail du rêve ne réussit pas toujours à déguiser suffisamment le contenu répréhensible. Un acte peut être accompli dans le rêve sans être suffisamment déguisé, ce qui réveille le rêveur en pleine terreur. Dans de tels cas, le rêve ne parvient pas à remplir son but. La pression des désirs refoulés aura été si puissante que les forces d'inhibition ont été incapables d'y résister et de les organiser.
La plupart des rêves à contenu désagréable ne sont cependant pas de cette espèce. Ce sont des rêves dont la motivation est, non pas un désir refoulé, mais une conscience qui se sent coupable. On sait que quelqu'un qui a des reproches à se faire ne peut pas dormir en paix ; par contre, nous disons habituellement de quelqu'un qui a un bon sommeil qu'il dort comme « un enfant ». Un sujet que les événements de la journée ont tourmenté s'endort avec des soucis et dans l'attente de quelque malheur imminent, ce qui est le signe ordinaire de la mauvaise conscience. Comme nous l'avons vu, on se libère en général de la culpabilité par la souffrance. Dans les cauchemars, le malade satisfait aux exigences de sa conscience coupable en s'imaginant quelque souffrance. Le rêve a pour but de protéger le sommeil contre les stimuli intenses ; c'est pourquoi l’auto-punition est ici réduite au minimum. Le châtiment attendu, qui pour l'inconscient est habituellement la crainte de la castration et ses dérivés, est déguisé et remplacé par des expériences moins terrifiantes. De la sorte, le rêve bien que toujours désagréable satisfait les exigences de la conscience et permet au rêveur de dormir. Si la punition est insuffisamment déguisée, le rêveur s'éveille en proie à la panique. Nous citerons des exemples de rêves d'auto-punition, réussis ou non (1).
(1) F. Alexander, « About Dreams with Unpleasant Content », The Psychiatric Quarterly, 4 : 447, 1930.
PREMIER RÊVE.
Un jeune homme marié et de mœurs puritaines prit conscience, au cours de son analyse, de son désir d'avoir des relations extra-conjugales. Depuis son mariage, il avait pensé qu'il n'y avait pour lui pas d'autre femme que la sienne. Il nia tout désir de rapports extra-conjugaux et déclara avec insistance que ses relations avec sa femme étaient complètement satisfaisantes.
Une nuit, il rêva qu'
il était un petit garçon et qu'il était en train de se coucher dans le même lit qu'une petite fille du même âge. Il Pensa que ce lit était le même que celui dans lequel il avait cotume de dormir à cet âge. Un homme était déjà couché dans ce lit. « Lorsque je posai le pied droit sur le lit, l'homme montra du doigt mes talons, qui étaient sales, et j'eus honte de ne pas les avoir lavés. Mon pied avait sa taille actuelle plutôt que celle d'un petit garçon. »
Il associa d'abord une annonce pour emplâtres qui montrait un pied où des lumières électriques, au niveau des orteils, représentaient les cors. Une main désignait l'un de ceux-ci. Il avait vu cette réclame pour les emplâtres la veille du rêve dans la rue. La petite fille lui rappela une cousine qui avait été l'objet de son premier amour d'enfant. Ils s'étaient embrassés et étreints et une fois s'étaient montré mutuellement leurs organes génitaux. Une autre petite fille montait la garde pour les avertir si quelqu'un approchait. Ce rêve survint alors que le malade avait commencé à reconnaître ses désirs de relations extra-conjugales, qu'il avait auparavant refoulés. Ces désirs rapprochèrent son angoisse de la conscience. Il se rappela aussi qu'il avait été accosté la veille par des prostituées, au moment où il se rendait chez lui. Il empruntait presque tous les soirs le même trajet, mais c'était la première fois qu'il avait été accosté. Il est aisé de comprendre qu'il avait été accosté, parce que pour la première fois il avait regardé les femmes, ce qui les avait encouragées à l'aborder. Dans le rêve, il remplaça ses désirs sexuels actuels par des désirs sexuels antérieurs. Au moment de se coucher, il était dans les mêmes dispositions que lors de son enfance et après sa première expérience sexuelle avec sa cousine, qui lui avait inspiré des sentiments de culpabilité. Il substituait le conflit passé au conflit présent. Le deuxième objet du rêve était de remplacer par une chose anodine la menace d'un châtiment inconnu, mais sévère. L'homme du lit montra du doigt ses talons sales et il avait honte de ne pas les avoir lavés. Dans le rêve, il était prêt à accomplir un acte sexuel défendu avec la fillette et il fut réprimandé, non pour cet acte, mais pour un autre moins grave. Les talons sont ici le symbole des organes génitaux et le doigt menaçant annonce la castration. Bien que ce rêve ait été très désagréable et accompagné de crainte et de honte, il préserva le rêveur de craintes plus intenses. La saleté est une allusion aux préoccupations sexuelles, aux rapports avec des prostituées, etc. La punition s'applique aux talons, organes moins essentiels que le pénis et son méfait se réduit à avoir les talons sales. Il a fait un marché avantageux : il est puni pour des talons sales, ce qui est moins grave que de l'être pour des rapports extra-conjugaux.
Il est clair, cependant, que les rêves à contenu désagréable obéissent aux mêmes principes dynamiques que les rêves à réalisations de désirs. Dans ces derniers, un désir qui trouble le sommeil est apaisé par une satisfaction imaginaire. Si le désir qui a donné lieu au rêve est un désir interdit par la conscience morale, le rêve le satisfait sous une forme déguisée et soulage ainsi le rêveur. Si les facteurs extérieurs s'opposent à la satisfaction d'un désir, celui-ci s'exprime directement dans le rêve. Si la tension qui trouble le sommeil est due à une mauvaise conscience, une punition est nécessaire pour obtenir un soulagement. Les rêves de punition sont une tentative pour diminuer la tension causée par la culpabilité, parce que la conscience morale ne peut être apaisée que par la souffrance. Les peuples primitifs se punissent eux-mêmes ou sacrifient à leurs dieux les objets précieux qu'ils possèdent, chaque fois qu'ils se sentent coupables. Il est humain de chercher à satisfaire la conscience morale au prix du moindre sacrifice possible. Le jeune homme qui rêvait de ses talons sales offrit à sa conscience morale une humiliation personnelle, en admettant qu'il était sale, mais celle-là était une moindre faute et méritait un moindre châtiment que des rapports sexuels extra-conjugaux.
DEUXIÈME RÊVE
Ce rêve fut rapporté au cours d'une cure analytique par un homme d'affaires jeune, hypochondriaque, qui avait perdu sa fortune pendant l'inflation en Allemagne ; à l'époque de son rêve il était en train de la rétablir (1).
(1) Nous avons commenté un autre rêve du même malade
Après sa banqueroute, son frère aîné l'avait aidé et, dans les semaines précédant le rêve, il avait eu un difficile débat de conscience. Il caressait l'idée d'acheter une nouvelle automobile, depuis qu'il avait été obligé de vendre sa belle voiture au moment où il avait perdu sa fortune. Son débat intérieur était dû au fait que son frère lui avait prêté de l'argent pour l'investir dans son entreprise et non pour acheter une nouvelle voiture. Il finit par acheter une petite automobile et projeta de faire son premier voyage avec sa femme.
La nuit précédant le voyage, il fit le rêve suivant :
« Je suis dans la grande voiture blanche que je possédais avant ma banqueroute. Ma femme est avec moi, nous passons près du marché d'une petite ville de province où nous ne pouvons avancer que lentement. J'entends les gens sur le marché parler de moi. Ils me montrent du doigt en disant : « Voilà le profiteur, Monsieur B. » C'était affreux. »
Il s'éveilla très anxieux, baigné de sueurs froides. Sa première impression fut un soulagement intense de voir que ce n'était qu'un rêve. Il songea ensuite au voyage qu'il allait entreprendre et exprima ainsi son plaisir : « Ce rêve était idiot puisque, de toute façon, je pars en voyage demain, mais dans ma nouvelle petite voiture. »
Au cours de ses associations ultérieures, le malade décrivit ses sentiments envers son frère aîné et nous réussîmes à retrouver les sources profondes du sentiment de culpabilité qui s'attachait à l'automobile. Il devint évident qu'il s'agissait d'une réaction refoulée contre l'envie qu'il ressentait à l'égard de son frère qui possédait une belle et puissante voiture. L'automobile était le symbole de tout ce pour quoi il jalousait son frère - ses capacités, son argent, son succès auprès des femmes, etc.
Ce rêve est un exemple typique de rêve de punition et il fut produit uniquement par les exigences de sa conscience morale. En s'endormant, il avait un profond sentiment de culpabilité à propos de l'excursion projetée avec sa nouvelle voiture, symbole de sa jalousie contre son frère. Le rêve ne faisait qu'apaiser ses sentiments de culpabilité, en le mettant dans une situation pénible. Alors que la tension des désirs refoulés peut être réduite par des satisfactions imaginaires, les exigences de la conscience morale ne peuvent être satisfaites que par des punitions, des souffrances ou des sacrifices. Le rêve fit recouvrer au sujet une conscience tranquille. Il revécut le passé et se trouvait dans la situation pénible d'un profiteur, ce qu'il avait cessé d'être. Il réussit également à échanger son sentiment de culpabilité envers son frère contre le remords beaucoup plus lointain d'avoir été autrefois un profiteur pendant la période d'inflation où il avait fait de grands bénéfices de manière peu honorable.
Le rêve était une tentative pour apaiser sa culpabilité de la manière la plus facile. La souffrance était nécessaire car sa conscience morale était offensée par l'achat de la voiture, mais le rêve avait pour objet de réduire au minimum l'autopunition nécessaire. Le principe de plaisir intervient dans une telle situation psychique pour diminuer une souffrance psychique inévitable. Le rêve réussit à lui faire retrouver un équilibre psychique perturbé et lui permit aussi de faire le lendemain son excursion, la conscience libre, puisqu'il avait payé son dû avec les expériences pénibles de la nuit précédente. Le rêve échoua cependant à préserver son sommeil.
Tout ceci montre que, même dans ses rêves, un sujet ne peut s'affranchir des normes sociales intégrées à sa personnalité. Ces attitudes sociales constituent des forces dynamiques, qui, une fois mises en branle par les sentiments de culpabilité, peuvent venir troubler le sommeil au même titre que des désirs insatisfaits.
French a montré que le rêveur ne peut pas complètement ignorer la réalité. L'imagination n'est libre que partiellement, et de même que toute autre forme de la pensée, elle est limitée par les faits objectifs et par les normes intérieures que le moi a appris à respecter au cours de son développement. Le rêve est un processus régressif, mais ne peut se délivrer entièrement des adaptations du moi, qui sont devenues une partie organique de sa nature. Celles-ci consistent à reconnaître les obstacles, extérieurs et intérieurs, qui s'opposent aux besoins et aux désirs subjectifs.
6. RÉSUMÉ
Le rêve représente une tentative de l'organisme pour se garantir des excitations susceptibles de gêner le sommeil. Ces stimuli comprennent des besoins physiologiques tels que la soif et la faim, ou des désirs plus complexes qui ne sont pas satisfaits par la vie, ou encore des désirs que nous rejetons, ou des obligations désagréables qui font pression sur notre esprit, ou des sentiments de culpabilité. Dans toutes ces circonstances, le rêve essaie de réduire cette tension, soit en apportant aux besoins physiologiques ou aux désirs auxquels s'opposent des obstacles des satisfactions imaginaires, soit en représentant comme accomplie l'obligation désagréable, soit par la souffrance et le châtiment. Dans le cas des désirs rejetés et des rêves d'auto-punition, une déformation intervient. Dans les rêves de réalisations de désirs des enfants, les satisfactions imaginaires sont sans déformations.
BIBLIOGRAPHIE
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Dernière mise à jour : 17/01/07 info@techniques-psychotherapiques.org
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