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Le site des recherches fondées sur les pratiques psychothérapiques

Franz Alexander
Principes de psychanalyse (1938)
Traduit de l’anglais par H. Stern et D. Anzieu
Payot n° 123, 1968
Chapitre 10, Pages 275 à 286

Les principes du traitement psychanalytique

 

L'interprétation du rêve dans la thérapie psychanalytique.

Par sa nature même, la psychanalyse mobilise les forces refoulées. Toute la thérapie repose sur I’extériorisation des désirs, idées et tendances refoulés. Leur réintégration ne peut s'obtenir que par cette voie.

Les rêves expriment les désirs frustrés par la réalité extérieure ou intérieure, et les sentiments de culpabilité par lesquels le malade réagit à ses tendances indésirables. Il n'est pas surprenant qu'un traitement qui mobilise le matériel refoulé favorise les rêves. De nombreux malades qui affirment ne jamais rêver ou ne pas se souvenir de leurs rêves vont rapporter des rêves à chaque séance sous l'influence du traitement analytique. L'étude de ces rêves donne directement accès aux contenus inconscients.

L'importance du premier rêve rapporté par un malade a souvent été soulignée. Le malade cherche une aide auprès du thérapeute et apprend qu'il ne peut obtenir celle-ci qu'à la condition de révéler les détails les plus intimes de sa vie. Il est pris entre cette nécessité et sa résistance à révéler un matériel qu'il n'a même pas été capable de s'avouer à lui-même. Le premier rêve résulte souvent de ce conflit. L'exemple suivant rapporté après une entrevue préliminaire, illustrera ce fait.
Le malade était un jeune étudiant que son père avait envoyé loin de chez lui, à l'Université. Il était incapable de travailler et restait oisif depuis longtemps. Il restait couché jusqu'à midi, lisant des romans policiers à bon marché, et l'après-midi il fréquentait les salles de jeux et jouait au billard. Il n'avait pas de contacts sociaux véritables ni de relations avec des jeunes filles. Il vivait sans but. On aurait pu le considérer comme un grand paresseux, mais sa paresse était l'expression d'une névrose compulsionnelle latente. Dans un entretien préliminaire, il justifia sa paresse par une argumentation particulière. Il déclara que son père ne l'avait jamais aimé, ou ne s'était jamais occupé de lui, ne lui avait jamais rien apporté de valable. Puisque sa paresse était le résultat d'une mauvaise éducation, son père n'avait qu'à en supporter les conséquences et à entretenir son fils. Il ne se sentait pas obligé de devenir indépendant. Cette description ne répondait évidemment pas à toute la vérité, sinon il n'aurait jamais fait appel à moi. Son argumentation était une rationalisation de sa paresse compulsionnelle, dans laquelle il se sentait désemparé et désespéré. A sa première séance d'analyse, il rapporta le rêve suivant :

« Je voulais vendre ma bague en diamant, mais le bijoutier, après l'avoir examinée, déclara qu'elle était fausse. »

Il remarqua immédiatement que ce rêve était stupide car il savait que c'était un vrai diamant. Au cours d'associations ultérieures, il apparut que cette bague était un cadeau de son père.

Le contenu de ce rêve aurait pu être interprété comme la réalisation d'un désir, sans la connaissance de l'attitude du malade à l'égard de son père. Sa formule préférée était: « Je n'ai jamais rien reçu de précieux de mon père, je ne suis donc pas obligé de travailler. Mon père souhaiterait que je travaille, mais je ne lui dois rien » ; sa croyance en cette affirmation était nécessaire pour excuser sa paresse et son attitude passive devant la vie. Or, la bague en diamant, reçue de son père, avait une valeur réelle. Dans le rêve, cependant, il soutint que même ce cadeau était faux. Il commença son analyse en prenant la défense de sa conduite. L'importance de ce rêve réside dans le fait qu'il apparut après sa décision de se faire analyser. Il révélait une résistance puisque dans le rêve le malade s'efforçait de prouver l'exactitude de sa conception de la vie, conception que l'analyse risquait de détruire.

Ce fut près d'un an plus tard que je pus utiliser ce rêve qui exprimait le schéma névrotique fondamental du malade. En raison de circonstances extérieures, il fut obligé d'interrompre son analyse, une semaine après son début, pour aller habiter une autre ville. Je lui conseillai de poursuivre avec un collègue qui s'y était installé. Six mois plus tard, il revint vers moi, mais je manquais de temps et lui proposai un autre collègue. Quelques mois après, il se présenta de nouveau dans mon cabinet, et déclara qu'il lui était impossible de poursuivre l'analyse avec l'analyste que je lui avais recommandé. Cet analyste ne l'aimait pas et même le détestait, bien que le malade n'eût à se plaindre d'aucun mauvais traitement. Au contraire, l'analyste s'était toujours montré à son égard doux et poli et niait tout sentiment hostile envers lui. Cependant, il sentait que cette bienveillance ne faisait que masquer les sentiments véritables de l'analyste. Il me demanda de reprendre le traitement ; je téléphonai à mon collègue pour lui demander son avis. A ma grande surprise il me confirma les déclarations du malade, et me dit ressentir une réelle aversion contre lui. Il avait essayé sans succès de cacher ses sentiments et me priait de continuer l'analyse. J'acceptai et, peu après le début du traitement, je compris les sentiments de mon collègue. Le malade était réellement le sujet le plus désagréable qu'on puisse imaginer. Il se présentait sans être lavé, rasé, ni brossé, il rongeait ses ongles, il s'exprimait par un murmure à peine intelligible, il critiquait tout et payait des honoraires peu élevés. Lorsque je le faisais attendre un instant, il m'accusait immédiatement d'agir ainsi parce qu'il payait moins que les autres. Il était désagréable de toutes les façons possibles et il était difficile de l'aimer. Un jour, il m'arriva de lui répondre sur un ton de légère impatience. D'un bond, il se leva du divan et s'écria : « Vous faites exactement comme votre collègue, nierez-vous que je vous déplais et que vous appelez analyse l'impatience à l'égard du malade? » Je répondis : « Vous avez raison, mais permettez-moi de vous demander comment vous pouvez attendre que quelqu'un vous aime en vous conduisant comme vous faites. Croyez-vous qu'un analyste n'a pas ses propres émotions et ses propres réactions? » Je lui expliquai alors que tout son comportement avait pour but de me provoquer et de m'amener à ne pas l'aimer, et d'établir avec moi des relations identiques à celles qu'il avait eues durant sa jeunesse avec son père. Il cherchait à démontrer que l'analyste ne l'aimait pas, exactement comme il avait pensé que son père avait fait, et que l'analyste ne lui avait rien apporté de valable. Je lui rappelai enfin son premier rêve, où il avait voulu démontrer que la bague, le cadeau de son père, était fausse. Cette expérience affective et son interprétation furent le point crucial d'un traitement difficile qui put alors être mené à bonne fin.

Souvent, la plus grande partie du traitement consiste dans une sorte de dialogue entre l'analyste et l'inconscient du malade. Si l'interprétation du rêve par l'analyste est encore inacceptable pour le moi du malade, il répondra par un autre rêve qui rejette l'explication proposée. La nature du refus pourra donner au thérapeute des indications précices sur la nature des résistances du malade.

Illustrons ceci par un exemple : Le malade était un médecin âgé de 54 ans, atteint de névrose compulsionnelle grave et de phobies. C'était un excellent médecin, très capable, et sa névrose était seule responsable de la médiocrité de sa carrière médicale. Il avait une très grande clientèle dans un quartier pauvre de la ville. Au cours d'un des premiers entretiens, nous discutâmes de ses relations avec son frère aîné. Il en parla avec beaucoup de respect et d'admiration, insistant sur le fait que ce frère avait été toujours très bon à son égard. C'était un homme d'affaires qui avait gagné beaucoup d'argent et qui avait aidé mon malade avec tact et générosité. Par exemple, il avait offert à celui-ci d'investir des fonds dans son affaire et il lui payait des intérêts très élevés. En réalité, l'entreprise n'avait besoin d'aucun nouveau capital, mais c'était un moyen pour lui d'aider son frère tout en paraissant demander une aide au lieu de la donner. Mon malade avait des scrupules de conscience à accepter cette aide financière, et il s'était souvent demandé s'il ne devait pas y mettre fin. A d'autres points de vue aussi il en éprouvait à l'égard de son frère des sentiments de culpabilité qu'il manifestait sous des formes nombreuses au cours de l'analyse.

J'essayai de lui faire prendre conscience des motifs refoulés sur lesquels reposait sa mauvaise conscience à l'égard de son frère. Je lui expliquai qu'il était jaloux de la réussite de ce frère et que, même dans son enfance, il l'avait considéré comme un rival. Il le nia, et ne voulut reconnaître aucun sentiment hostile. Il insista à nouveau sur ses sentiments positifs de gratitude envers son frère. Néanmoins, mon interprétation entraîna des sentiments de culpabilité, et, à la séance suivante, il répondit à elle par le rêve suivant :

« Je rencontre mon collègue dans la rue, et il me demande de voir à sa place un de ses malades, un personnage important, un sénateur. »

Je lui demandai d'associer sur le fait de remplacer un collègue dans son travail ; il répondit : « Oh! c'est une tâche ingrate, c'est une faveur qu'on accorde à un ami lorsqu'il vous la demande, mais quant à moi, je n'aime pas du tout cela. » Je lui demandai alors de parler de son collègue et ses associations m'apprirent que c'était un médecin éminent, un vieil ami et un camarade d'études de mon malade, et qui avait beaucoup mieux réussi que lui. Il habitait un quartier élégant et, avec le temps, ils s'étaient vus de moins en moins souvent.

Je lui expliquai que le rêve était l'expression d'une jalousie refoulée à l'égard de son collègue. Dans le rêve, le collègue lui demandait de s'occuper d'un de ses malades, mais en réalité lui aurait aimé avoir la clientèle de son collègue. Dans le rêve, il déguise ce désir, en faisant demander par ce dernier un service et il exprime ainsi son désir réel de lui enlever sa clientèle tout en lui rendant un service. D'abord le malade refusa d'admettre cette interprétation, et il se défendit par la même argumentation que celle utilisée dans le rêve, à savoir que remplacer ce collègue était une tâche très désagréable ; puis en poursuivant la discussion, il admit petit à petit qu'il considérait comme injuste que ce collègue, dont les connaissances étaient inférieures aux siennes, ait une belle clientèle, et qu'il s'était souvent comparé à lui en pensant qu'il méritait lui-même un plus grand succès. Après qu'il eut pris conscience de ce sentiment refoulé à l'égard de son collègue N..., il me fut possible de revenir au sujet discuté au cours d'une séance antérieure, ses relations avec son frère aîné. Je lui montrai qu'il avait déplacé le conflit avec son frère aîné sur son collègue, parce que ses sentiments à l'égard de ce dernier étaient semblables mais moins répréhensibles. L'avantage de ce déplacement était évident. Le conflit affectif à l'égard de son collègue était de même nature, mais beaucoup moins intense. Il était moins répréhensible de jalouser un collègue qu'un frère, qui l'avait toujours aidé et qui s'était montré si bon à son égard. Dans le rêve son collègue N... se comportait comme se comportait son frère dans la réalité. Il lui parlait d'un malade intéressant, mais en présentant le fait de telle sorte que c'était lui qui semblait accorder une faveur. L'interprétation de ce rêve m'aida beaucoup à lui exposer sa jalousie à la fois à l'égard de son collègue et de son frère. Ainsi, je pus le convaincre, du moins intellectuellement, que le sentiment de culpabilité à l'égard de son frère se fondait sur son agressivité et sur sa jalousie refoulées. Au cours des séances suivantes, il apporta un matériel tiré de son enfance et concernant sa rivalité avec son frère aîné et son père, et qui confirmait ceci.

Les rêves nous donnent la meilleure appréciation possible de la situation psychodynamique à chaque phase du traitement. Ils révèlent également la force relative du conflit dans l'accroissement de la capacité du moi à affronter un matériel  refoulé jusque-là, et ils indiquent le degré des progrès résultant du traitement.

La succession des rêves dans l'analyse révèle les progrès dans l'intégration du moi, ce que French a appelé la fonction de résolution des problèmes propre au rêve. Il illustra ceci par deux rêves tirés de l'analyse d'un malade faite par une femme.

Le premier était le premier rêve du malade depuis le début de son analyse. Il fut rapporté au cours de la dixième séance. Dans les premières séances de son analyse, le malade avait trouvé difficile de parler librement de sujets personnels et il avait été très gêné par une dyspnée asthmatique sévère. A la sixième séance, il se sentit très apaisé lorsqu'il finit par pouvoir exprimer son ressentiment contre sa femme qui, se plaignait-il, était grosse, sale, querelleuse et négligeait ses deux enfants et lui-même.

Au cours de la neuvième séance le malade déclara s'intéresser aux rêves, et au cours de la dixième séance, il rapporta le rêve suivant en le faisant précéder de la remarque : « Voilà ce que vous voulez. »

« Je rêvai du temps où j'allais en classe. Une fin de semaine je rentrais à la maison, car nous marchions toujours à pied, à moins que quelqu'un nous prenne en voiture. Je marchai seul jusqu'à ce que j'arrive à un pont. Une jeune fille était penchée sur le pont, regardant les bateaux. Je m'arrêtai, la pinçai dans le dos et nous marchâmes vers la maison. Le crépuscule tomba. Sa mère vint à sa rencontre, me remercia, m'invita à entrer et me donna un verre de lait. »

L'autre rêve, rapporté six semaines plus tard, revint plus ouvertement sur le même problème.

« Je marchais dans la rue. De nombreuses personnes étaient en train de bêcher la surface de la rue. J'arrivai à un croisement et j'aperçus une jeune fille qui me parut être d'abord une enfant. Elle portait un grand pot à lait rempli d'eau. Elle me demanda de l'aider à porter le pot jusque chez elle. Elle se transforma ensuite en une femme mûre. Je portai le pot par une anse et nous le portâmes jusque chez elle. Elle me remercia et me proposa de l'embrasser. Je l'embrassai, et je me réveillai. » Un peu plus tard, il ajouta : « Pendant que nous nous embrassions, sa mère l'appela et nous nous séparâmes, et je rentrai chez moi. »

Sans même citer les associations, il est évident que dans ce rêve le malade exprime un conflit entre ses pulsions sexuelles et sa crainte de la désapprobation maternelle. Il est clair que dans le premier rêve, le conflit était aussi entre les désirs sexuels et la crainte de la désapprobation maternelle. Il est évident que le traitement fait par une femme a libéré chez lui les pulsions sexuelles, qui ont dans chaque cas donné naissance à ce conflit. Bien que le conflit fondamental soit le même dans les deux rêves, il convient de remarquer que dans le second rêve, le malade affirme avec plus d'audace ses pulsions sexuelles. Dans le second rêve c'est seulement après qu'il ait embrassé la jeune fille qu'apparaît sa crainte de la mère, crainte qui l'incite à quitter la jeune fille et à retourner auprès de sa mère. Dans le rêve précédent, il cesse ses avances sexuelles immédiatement après l'avoir pincée en guise de jeu, et il raccompagne la jeune fille chez sa mère.

Cette différence témoigne de la confiance accrue du malade dans l'attitude bienveillante et tolérante de l'analyste.

Il se peut que le malade continue à se défendre contre les révélations de l'analyse, et qu'il essaie de déguiser en se mentant à lui-même de différentes façons. L'analyste contrebalance cette tendance par une rectification constante de tous ces artifices. A mesure que le patient se connaît mieux, il devient de plus en plus difficile pour lui d'ignorer ses révélations. « La voix de l'intelligence est douce mais persistante » (Freud). La manière dont cette lutte contre la connaissance se reflète dans nos rêves a été illustrée ci-dessus par un rêve exprimant la résistance du moi contre une interprétation que le malade n'est pas encore prêt à accepter. Avec le progrès du processus analytique, le conflit névrotique est, sous la pression des connaissances acquises, de plus en plus circonscrit et isolé du reste de la personnalité, d'une manière comparable à la séquestration.

L'exemple suivant l'illustrera : après plusieurs séances d'analyse qui ont obligé un malade à reconnaître sa cupidité refoulée, il sombre dans un état hypnagogique et a le phantasme que voici :

 Dans la cour de son voisin il y avait de l'or, il en déterrait une grande quantité et le chargeait à l'arrière de sa voiture. Il ne dormait qu'à moitié et l'idée suivante lui vint à l'esprit « Que vais-je faire de cet or? La thésaurisation est interdite. D'ailleurs j'en ai suffisamment. Pourquoi est-ce que je désire accumuler plus que je ne puis utiliser? »

 Cette succession directe de pensées montre que, même dans son imagination, il ne pouvait satisfaire son désir de posséder pour lui, et qu'il rejetait son insatiable cupidité. Le désir d'acquérir et de conserver uniquement pour accumuler est anormal chez l'adulte. La personnalité adulte rejette ces tendances prégénitales qui ont joué un rôle légitime dans l'organisme en croissance. Ici, la séquestration du conflit peut être saisie en acte, le malade réagit promptement en toute connaissance à son phantasme nettement cupide.
Un autre exemple de ce processus de séquestration fut

Un rêve dans lequel il s'apprêtait à faire l'autopsie d'un idiot.

Il ressentait quelque anxiété. Le malade reconnaît immédiatement que l'idiot représentait une partie de lui-même, les émotions irrationnelles qu'il avait appris à comprendre mais qui n'étaient pas complètement mortes et qui l'effrayaient encore. Une partie de sa personnalité était nettement considérée comme vivant en dehors de lui-même et comme vouée à la mort. La partie dominante de sa personnalité était celle qui considérait le mécanisme névrotique avec curiosité et recul (1).

Les rêves de séquestration témoignant d'un progrès réel sont à distinguer de ceux dans lesquels le malade prétend être amélioré pour plaire à son analyste. Les vrais rêves de séquestration surviennent à la phase terminale du traitement. Le comportement du malade marque de nets progrès. Ceci se manifeste sous des formes multiples, dans ses relations humaines et dans des attitudes nouvelles avec lui-même. Il est capable d'attitudes plus détachées, parfois même pleines d'humour. L'humour indique un certain détachement et une certaine tolérance, qui n'est possible que lorsque le moi se sent relativement en sécurité. Tant qu'il reste faible, il doit se protéger par le refoulement et la projection de tout ce qui peut affecter son intégrité. Le processus de séquestration et l'humour envers soi-même révèlent à eux deux la sécurité et l'objectivité. C'est pourquoi les rêves de séquestration sont des indications valables sur l'équilibre entre le moi et les tendances qui lui sont étrangères ; ils surviennent lorsque le moi reconnaît franchement de telles tendances et commence à les écarter ou à les assimiler sous une forme modifiée. Ils montrent que le moi maintient son intégrité, même lorsqu'il reconnaît les tendances étrangères refoulées. Celles-ci deviennent une partie de la personnalité consciente qui leur fait face en les contrôlant, en les rejetant et en les modifiant, mais cesse d'avoir besoin de les nier ou de les refouler.

Résumé.

La psychanalyse se propose de renforcer la capacité du moi à mieux résoudre les conflits extérieurs et intérieurs. L'échec du moi résulte du refoulement antérieur des pulsions conflictuelles, alors que des efforts continus auraient pu les apaiser de façon satisfaisante. Sous l'influence de cet échec, le moi recule devant d'autres tentatives, et sa guérison requiert le rétablissement de sa confiance pour affronter de nouvelles épreuves. La psychanalyse parvient à cela en exposant à nouveau le moi du malade aux conflits antérieurement refoulés. Elle n'agit pas simplement par la reconstitution intellectuelle du conflit, mais en faisant revivre émotionnellement au malade le conflit non résolu, et dans des conditions plus favorables. Cette réexpérimentation intervient aussi bien dans le transfert que dans les relations sociales extérieures du malade. En effet, ces dernières sont maintenant aussi surveillées et guidées par le thérapeute. Mais l'essence du traitement réside dans le transfert. Le facteur thérapeutique le plus important est que la réponse du thérapeute aux réactions névrotiques du patient diffère de celle des personnes qui ont joué un rôle dans l'origine du conflit. L'attitude objective et compréhensive du thérapeute est nouvelle pour le malade. Il n'y a pas dans la vie réelle de relations aussi objectives et compréhensives ou exclusivement destinées à aider autrui. L'expérience corrective peut être rendue plus efficace encore, si l'analyste adopte une attitude opposée à celle des parents, attitude qui suscita le développement de la névrose.
Il est hors de doute que la connaissance intellectuelle de soi accompagne et stabilise la réadaptation psychique. L'attitude du thérapeute encourage le malade à modifier son comportement qui a été en premier lieu conditionné par ses parents. C'est ce qui explique pourquoi le seul fait d'écouter le malade avec compréhension a, dans quelques cas, amené une amélioration remarquable. Cependant, l'exactitude des interprétations et une attitude affective adéquate à l'égard du malade, non seulement accélèrent la cure, mais sont dans la plupart des cas indispensables. Sans ces mesures, à écouter simplement le malade, on s'expose tôt ou tard à des complications. La plupart des malades évolueront automatiquement vers les conflits du transfert dont la solution requiert l'interprétation et la création réfléchie de l'atmosphère affective la plus favorable à la situation thérapeutique. Toutes ces mesures visent en dernière analyse à encourager des expériences affectives correctives, susceptibles d'annuler les effets névrotiques des expériences pathogènes antérieures. Il faut enfin souligner que la théorie et la pratique psychanalytiques sont en train de se développer. Afin de favoriser ce développement, une révision constante des principes et des hypothèses théoriques et des expériences sur les procédés thérapeutiques sont également indispensables.

(1) Ces deux rêves ont été discutés pour la première fois par F. Alexander, « The Voice of the Intellect is soft... », Psychoanalytic Review, 28 :12,1941.


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Dernière mise à jour : 15/03/07 info@techniques-psychotherapiques.org